2026 - Un équilibre sous tension
« Oui, je sais : un paysan n’est jamais content. »
Depuis trois ans, nous nous plaignions du manque d’eau. Aujourd’hui qu’elle est là, nous pourrions presque nous plaindre d’en avoir trop.
Et pourtant. Ce cumul exceptionnel — près de 1000 mm en trois mois — aura aussi été salutaire.
Il nous permet notamment d’éviter une nouvelle fois l’arrachage de certaines parcelles, fragilisées par les années de sécheresse.
Nous avons pris un peu de retard dans les travaux hivernaux, mais cela reste gérable.
En début de semaine, l’inquiétude était plus forte : les sols, saturés d’eau, avaient du mal à ressuyer, rendant impossible le passage des tracteurs.
Et qui dit pas de tracteur dans les vignes, dit pas de traitement possible.
Or la vigne, elle, n’attend pas.
Elle a même de l’avance.
Et le mildiou est déjà à l’affût.
La protection contre le mildiou sera sans doute l’un des enjeux majeurs de ce millésime.
Dans ce contexte, le cuivre — aujourd’hui essentiel en agriculture biologique — fait l’objet de restrictions croissantes au niveau réglementaire. Dans un environnement climatique où la pression des maladies s’intensifie, cette réduction progressive des moyens d’action crée une tension bien réelle sur le terrain.
Pour les domaines engagés en agriculture biologique, les marges de manœuvre sont, par nature, limitées. Et elles le deviennent davantage encore. Face à une pression aussi forte que celle que nous connaissons aujourd’hui, les solutions disponibles sont peu nombreuses. Elles reposent sur un équilibre fragile entre efficacité, fréquence d’intervention et respect du vivant. Le cuivre reste un outil central. Non par confort, mais par nécessité.
Il ne s’agit pas d’un levier de facilité, mais de l’un des rares moyens permettant de protéger la vigne dans des conditions humides, tout en restant fidèle aux principes de l’agriculture biologique. Sa restriction progressive, dans un contexte d’épisodes climatiques de plus en plus extrêmes, renforce les contraintes déjà existantes.
Elle pose une question simple, mais structurante pour notre métier :
– comment continuer à protéger la vigne de manière responsable,
– sans compromettre les récoltes,
– sans basculer vers des solutions que nous ne souhaitons pas,
– et sans renoncer aux convictions qui fondent notre approche ?
Ces évolutions ne relèvent pas d’une décision isolée, mais d’un cadre européen en mutation, où se croisent enjeux environnementaux, arbitrages politiques et réalités de terrain — parfois difficiles à concilier. Alors une question se pose : à force de restreindre les rares outils dont disposent les domaines engagés, ne risque-t-on pas, paradoxalement, d’en fragiliser le modèle lui-même ?
Nous n’avons pas de réponse définitive. Mais une conviction demeure : celle de continuer à avancer avec exigence, à chercher des équilibres, et à défendre une certaine idée du vin.
